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ÉDITO
La correction fraternelle : pratique et fruit
La correction fraternelle – en latin correctio fraterna – évoque une réalité aussi vieille que le monde, la réalité de la faute et du péché : « Si ton frère a commis un péché contre toi… » (Mt 18, 15).
En effet, s’il n’y a pas faute ou péché, il n’y aurait pas besoin de correctio fraterna. La correction est justement l’action de débarrasser quelqu’un d’une mauvaise habitude, comme on élague un bon arbre. De prime abord, la correctio fraterna ne se confond pas avec une absence de réaction. Si par exemple, on ferme les yeux sur le péché d’un frère ou on se tait par peur de représailles, on n’a pas fait la correctio fraterna.
Le silence ne signifie pas qu’on l’aime ou qu’on est en bons termes avec lui. Au contraire, le silence installe une fausse paix. C’est une manière de dire : « Ce que tu as fait est bien » alors que cela ne l’est pas. Pire, se taire, c’est porter la responsabilité du péché de l’autre (Ez 33, 8). De ce point de vue, la correctio fraterna s’avère un devoir et une nécessité pour le bien de tous : « Tu devras réprimander ton compatriote et tu ne tolèreras pas la faute qui est en lui.» (Lv 19, 17).
S’il ne faut pas garder le silence devant le péché du frère, bien évidemment, la correctio fraterna ne consiste pas à raconter son péché aux autres, à le critiquer derrière son dos ou à le dévaloriser et attirer sur lui la méfiance. Cette attitude est destructrice et non moins condamnable que le silence, si tant est que tous, nous péchons et qu’on a plus ou moins conscience de ses torts : « Qui peut discerner ses erreurs ? Purifie-moi de celles qui m’échappent » (Ps 18, 13). La correctio fraterna ne signifie donc pas prendre l’avantage sur son frère, lui montrer qu’il a tort, l’humilier ou le vaincre dans sa position de faiblesse.
Pour Jésus, la correctio fraterna commence, non par une accusation publique, mais par une rencontre seul à seul (Mt 18, 15), dans la discrétion et le respect de sa dignité. Ainsi, la correctio fraterna est profondément une œuvre d’amour et de charité. Une manière de dire : « Je tiens suffisamment à toi pour ne pas te laisser t’engouffrer dans ce que tu as fait de mal ». Dans l’enseignement de Jésus, la correctio fraterna est une démarche exigeante, insistante, progressive. De fait, si ton frère ne t’écoute pas dans le secret, tu lui parleras devant témoins : une ou deux personnes ; et si nécessaire, devant l’assemblée de l’Église.
Le fruit et la finalité, c’est de gagner le frère. Gagner – du grec kerdaínō – signifie retrouver, récupérer ce qui était perdu. Le fruit merveilleux, c’est « d’acquérir » de nouveau son frère comme un trésor précieux. C’est donc par le bon fruit qu’elle porte que la démarche est motivée : restaurer la relation et la communion. Et cela vaut le coup.
Toute la mission de l’Église semble s’insérer profondément dans cette dynamique puisque : « Dieu ne veut pas qu’un seul de ces petits soit perdu » (Mt 18, 14). Heureux es-tu d’agir ainsi !
Abbé Angelo ABODE
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